Notre actualité

FORUM ECO-TOX 2016 : Polluants émergents

Thème 1. Polluants émergents – des signaux faibles à la gestion des risques

9 :30-12 :30 – Table Ronde

L’exposition à des substances chimiques pouvant provoquer des effets délétères pour la santé humaine et le maintien de la biodiversité est une préoccupation grandissante du grand public. En réponse à celle-ci, la recherche scientifique se doit de produire les connaissances et les outils, nécessaires aux producteurs, aux utilisateurs des substances chimiques ainsi qu’aux régulateurs, pour caractériser et maîtriser les risques des polluants dans un contexte d’exposition chroniques à des faibles doses. L’objectif de cette session du FORUM ECO-TOX était de présenter les travaux scientifiques et opérationnels visant à caractériser et maîtriser les risques sanitaires et environnementaux des polluants émergents mais aussi d’apporter des éléments de réponse aux challenges posés par l’évaluation des risques et la substitution des molécules les plus préoccupantes.

4 conférenciers issus d’horizons divers sont venus présentés leur vision de cette problématique, les enjeux auxquels ils sont confrontés dans ce domaine ainsi que leurs attentes en matière de développement futur.

Annabelle PRIN-COJAN. Responsable du Pôle Environnement, elle anime les commissions Biodiversité et Santé / Environnement de l’Association Française des Entreprises pour l’Environnement (EpE). Créée en 1992, EpE regroupe une quarantaine de grandes entreprises françaises et internationales issues de tous les secteurs de l’économie qui partagent la même vision de l’environnement comme source de progrès et d’opportunités.

 

Steve ABELLA. Au sein du groupe Décathlon, il est en charge de la sécurité chimique. En effet, avec 1 milliard de produits vendus en 2015 à 200 millions de clients dans 20 pays, faire que chaque produit passant les caisses ne puisse pas entraîner de pathologies à court terme ou à long terme représente un véritable challenge, géré au quotidien au sein du groupe.

 

Elena GOMEZ. Professeur à l’Université de Montpellier, responsable de l’équipe Contaminants Emergeants du laboratoire HydroSciences. Ses travaux de recherche réalisés en laboratoire et sur le terrain portent sur le devenir et les effets des polluants émergents en milieux aquatiques. Elle participe également à différentes activités de formation dans ce domaine.

 

Philippe ROLLAND. Responsable substances et réglementation REACH au département « Matériaux » du groupe automobile Renault, il a pour mission d’anticiper la substitution des substances d’intérêt dans le cadre de la fabrication des véhicules du groupe. Dans ce contexte, il pilote le système d’information pour la gestion des substances dans les véhicules.

Le bulletin d'actu

Presse

Nous contacter

La problématique des polluants émergents est une problématique de signaux faibles sur laquelle la recherche en toxicologie et écotoxicologie doit investir et éventuellement proposer des changements de paradigmes.

La mise en place de partenariats public/privé autour de cette problématique permettra d’apporter des réponses en termes de gestion et de maîtrise des risques. Il est important de favoriser ce rapprochement.

La transparence sur les données collectées et la visibilité de l’ensemble des acteurs sont un atout majeur pour faire avancer cette problématique.

 

Consulter le compte rendu complet ici.

14 :00-17 :00 – Communications orales

Investigation des sources d’une large gamme de contaminants organiques dans le réseau d’assainissement de Bordeaux

Justine CRUZ

Environnements et Paléoenvironnements Océaniques et Continentaux, UMR EPOC-LPTC, Université de Bordeaux

 

L’eau est une ressource dont il est primordial de préserver la qualité. C’est dans ce contexte que s’inscrit ce travail, dont l’objectif général est de documenter la présence d’une large gamme de contaminants organiques (pesticides, composés pharmaceutiques, HAP, PCB, alkylphénols) dans une rivière péri-urbaine de l’agglomération bordelaise mais aussi de remonter à leurs sources dans les réseaux d’assainissement (effluents d’un CHU, de zones industrielles) ainsi que dans des exutoires pluviaux. Des contaminants dits émergents présents dans les cosmétiques (filtres UV, parabènes), les produits d’entretien (biocides) ou encore des composés fluorés ont également été recherchés.

 

Les exutoires pluviaux sont caractérisés par la présence de tous les contaminants organiques étudiés (dizaine µg/L), dont les composés pharmaceutiques, ce qui est étonnant et suggère la présence d’eaux usées non traitées.

 

De plus, des contaminants émergents tels que les filtres UV ont été mis en évidence dans les eaux usées domestiques (100-1000 ng/L), avec la présence majoritaire de l’octocrylène.

Les effluents de zones industrielles sont majoritairement marqués par la présence des composés pharmaceutiques (≈ 400 µg/L), ce qui traduit la présence humaine.

 

Les effluents provenant du CHU sont également majoritairement marqués par les pharmaceutiques (≈ 800 µg/L), avec la présence de molécules spécifiques comme par exemple le cyclophosphamide (antinéoplasique) qui n’est pas détecté en station d’épuration, mais qui est détecté dans certains effluents hospitaliers (centaine ng/L). Le composé majoritaire est le paracétamol, qui représente à lui seul près de la moitié de la contamination.

 

Arrivé en station d’épuration, ce composé est très bien abattu (> 99 %) et est donc peu rejeté, ce qui explique qu’il ne soit pas majoritairement présent dans le milieu naturel. La gabapentine au contraire, qui est une molécule moins utilisée, n’est pas éliminée par les différents traitements et est rejetée dans le milieu où les concentrations peuvent atteindre le 1µg.L-1.

 

Globalement, le milieu naturel est caractérisé par la présence de tous les contaminants organiques étudiés (concentration totale ≈ µg/L). Des composés présents en faibles concentrations peuvent être problématiques: le fipronil par exemple est quantifié à des concentrations de quelques ng.L-1, ce qui est relativement faible mais est supérieur à sa concentration prédite sans effet (0.8 ng.L-1).

 

En conclusion, les résultats de cette étude ont montré la généralisation de la contamination des différents milieux par les contaminants organiques recherchés et leur interprétation croisée devrait permettre d’identifier les voies de transfert afin de proposer des mesures de gestion.

Elue meilleure communication orale de la session.

Impact du rejet de substances pharmaceutiques dans le milieu récepteur: résultats issus de deux années de Bordeaux

L. Wiest, R. Baudot, Emmanuelle VULLIET

Institut des Sciences Analytiques, UMR 5280, 5 rue de la Doua, 69100 Villeurbanne

 

Parmi les polluants des milieux aquatiques, les médicaments sont particuliers en raison de leurs très faibles concentrations dans l'environnement et la présence potentielle de métabolites. Si les effluents des usines de traitement des eaux usées (STEP) sont bien connus pour être l'une des principales voies d'introduction de produits pharmaceutiques dans le système aquatique, les contributions de sources importantes comme les hôpitaux ou l'agriculture sont encore peu claires. En outre, bien que leur comportement dans les STEP soit bien documenté, peu d’études sont consacrées au devenir de médicament dans le milieu récepteur.

 

Ce travail consiste en un suivi régulier, sur deux ans, de 12 résidus pharmaceutiques en entrée et sortie de STEP, incluant les rejets d’un hôpital ainsi que l’eau souterraine destinée à la production d'eau potable à l'échelle du bassin de la rivière Arve (Haute-Savoie). Les influents et effluents ont été échantillonnés à partir de la STEP de Bellecombe (site appelé SIPIBEL) où les eaux usées domestiques et hospitalières sont traités séparément. Les médicaments ont été choisis en fonction de leur consommation à l'hôpital, leur fréquence généralement élevée dans le milieu aquatique ainsi que le risque engendré pour la santé humaine et l'environnement en raison de leur toxicité ou bioaccumulation. Ainsi, la liste inclut des analgésiques (paracétamol, acide salicylique), anti-inflammatoires (kétoprofène, diclofénac, ibuprofène), anti-épileptique (carbamazépine), hormone (éthinylestradiol), antibiotiques (sulfaméthoxazole, ciprofloxacine), béta-bloquants (aténolol, propranolol) et antifongique (éconazole. Douze métabolites du diclofénac et du sulfaméthoxazole ont également été suivis. La méthode d’analyse (LC-MS/MS) a permis d’atteindre des limites de quantification inférieures à 10 ng/L.

 

Les données issues de ce suivi sont présentées et discutées, notamment l’apport de l’hôpital par rapport au rejet domestique, la variabilité des rejets en fonction de la saison, la présence de substances dans le milieu récepteur (Arve) et les eaux souterraines.

 

Devenir de molécules médicamenteuses dans l’environnement aquatique: suivi du diclofénac par LC-MS/MS dans des moules, des épinoches et du cresson issus d’expérimentations en mésocosme

Gaëlle DANIELE1, M. Fieu1, S. Joachim2, P. Baudoin2, A. James-Casas3, S. Andrés3, R. Beaudouin4, J.-M. Porcher2, M. Bonnard5, I. Bonnard5, A. Geffard5, E. Vulliet1

 

   1: Institut des Sciences Analytiques, UMR 5280, 5 rue de la Doua, 69100 Villeurbanne

   2: INERIS UMR-I 02 SEBIO, Parc Technologique Alata, BP2, 60550 Verneuil-en-Halatte

   3: ETES, INERIS Parc Technologique Alata, BP2, 60550 Verneuil-en-Halatte

   4: METO, INERIS Parc Technologique Alata, BP2, 60550 Verneuil-en-Halatte

   5: Université de Reims Champagne-Ardenne (URCA), UMR-I 02 SEBIO (Stress Environnementaux et BIOsurveillance des milieux aquatiques), UFR Sciences Exactes et Naturelles, Moulin de la Housse, BP 1039, 51687 Reims Cedex 2

 

La contamination des milieux aquatiques par les produits pharmaceutiques est un problème de plus en plus préoccupant. En effet, ces composés sont introduits en continu dans l’environnement via différentes voies comme les rejets domestiques, hospitaliers ou industriels. Les stations d’épuration n’éliminant que partiellement ces substances, il en résulte une présence ubiquitaire dans les eaux. Bien que ces composés soient souvent retrouvés à l’état de traces dans les eaux, à long terme ils peuvent avoir des impacts négatifs sur les communautés biotiques en raison de leur activité biologique inhérente. Il est donc important d’étudier leur présence, leur devenir et les effets qu’elles peuvent induire sur les organismes aquatiques et les espèces non cibles, afin d’évaluer le risque pour les écosystèmes et l’Homme.

 

Le projet DOREMIPHARM, financé par l’ANSM, s’inscrit dans ce contexte et a, entre autres, consisté à exposer le diclofénac (DCF) dans des écosystèmes simplifiés (rivières artificielles appelées mésocosmes) durant 6 mois, à des concentrations proches des valeurs retrouvées dans l’environnement. Nous présenterons ici la partie analytique de ce projet, composée notamment de la mise au point de la quantification du DCF et de 9 de ses produits de transformation et métabolites par couplage LC-MS/MS dans différentes matrices que l’on retrouve dans les cours d’eaux français: la moule zébrée, l’épinoche à trois épines et le cresson.

 

La sélectivité de la méthode et l’optimisation de toutes les étapes de la chaîne analytique (extraction - de type QuEChERS -, séparation, détection) pour chacune des matrices a permis d’atteindre des limites de quantification inférieures au ng.g-1 pour tous les composés. Les résultats des expérimentations en mésocosmes indiquent la présence du DCF ainsi que plusieurs produits de transformations et/ou métabolites dans les organismes et le cresson.

 

Exposition de moules marines au diclofénac: bioconcentration, métabolisation et mécanisme d’action

Frédérique COURANT

UMR 5569 HydroSciences, Université de Montpellier

 

Les produits pharmaceutiques humains, tels que les anti-inflammatoires non stéroïdiens, constituent une menace émergente pour les organismes du milieu marin. Leur bioaccumulation dans les organismes ainsi que leurs effets possibles sont préoccupants comme le montre l’inclusion du diclofénac dans la première liste de vigilance de l’Union Européenne (DCE, 2015). Chez l’homme, le diclofénac est conçu pour inhiber deux isoformes de l'enzyme cyclo-oxygénase (COX-1 et COX-2), qui catalysent la synthèse des différentes prostaglandines à partir de l'acide arachidonique. Les objectifs de cette étude étaient ainsi de déterminer:

 

i) si le diclofénac s’accumule dans les organismes aquatiques (et ici plus particulièrement la moule méditerranéenne),

 

ii) s’il est métabolisé par cet organisme et iii) si son mécanisme d’action chez cette espèce non-cible s’apparente à celui connu chez l’homme.

 

Pour répondre à ces objectifs, l’organisme modèle (Mytilus galloprovincialis) a été exposé en laboratoire pendant 72 h à deux concentrations de diclofénac (1 et 100 µg/L). Une méthode sensible et spécifique basée sur le couplage chromatographie liquide, spectrométrie de masse haute résolution a été développée en vue de i) quantifier l’accumulation du diclofénac chez notre organisme modèle ainsi qu’identifier et quantifier les métabolites formés chez cet organisme et ii) mesurer les prostaglandines PGF2a, PGE2 et PGD2 circulant chez la moule méditerranéenne en vue d’étudier leur modulation suite à l’exposition au diclofénac .

 

Les concentrations en diclofénac mesurées dans l’eau et dans les tissus ont permis de déterminer un facteur de bioconcentration faible, de 27 L/kg, compatible avec la métabolisation du diclofénac dans les organismes, hypothèse soutenue par la détection de métabolites hydroxylés et de métabolites de phase II dans les tissus des organismes exposés. Concernant les prostaglandines, la PGD2 n’a jamais été détectée. Si les concentrations en PGF2a sont apparues non impactées par une exposition au diclofénac , une tendance à la sous-expression de la PGE2 chez les organismes exposés à ce composé (1 µg/L) comparés aux individus non exposés a quant à elle été mise en évidence, tendance confirmée et statistiquement significative chez les individus exposés à la plus forte concentration (100 µg/L).

 

Impact des psychotropes sur les organismes aquatiques

Jean-Yves MAZZITELLI

Institut National Universitaire Champollion, Albi

 

Les micropolluants auxquels appartiennent les médicaments font l’objet d’une attention toute particulière depuis plusieurs années (PNSE, Plan micropolluant 2016-2021) de la part des décisionnaires et gestionnaires de l’eau. Ces molécules se retrouvent dans l’environnement via les effluents domestiques et industriels. La plupart des médicaments et particulièrement les psychotropes sont très résistants aux traitements biotiques et abiotiques dans l’environnement et dans les stations d’épuration (STEP). La présence récurrente de ces médicaments pourrait à long terme entraîner une modification de la structure et du fonctionnement des écosystèmes.

 

Les invertébrés représentent près de 95 % de la biodiversité. Parmi ceux-ci, les mollusques sont largement étudiés pour leur place dans la chaîne alimentaire (consommateur primaire), mais aussi pour leur faible vitesse de déplacement sur le substrat. Le Radix balthica (R. balthica), choisi pour cette étude, est un mollusque d’eau douce omniprésent dans les rivières françaises. Les planaires sont des consommateurs secondaires également omniprésents dans les rivières françaises et sont très utilisées en écotoxicologie pour leur capacité de régénération. La planaire Schmidtea polychroa (S. polychroa) a été choisie pour cette étude.

Ce projet a pour objectif d’évaluer la toxicité de quatre psychotropes appartenant à quatre classes thérapeutiques et trois familles chimiques différentes. L’oxazépam (anxiolytique, benzodiazépine), la carbamazépine (antiépileptique, benzodiazépine), la cyamémazine (neuroleptique, phénothiazine) et la sertraline (antidépresseur, Inhibiteur Sélectif de la Recapture de la Sérotonine (ISRS)) ont été sélectionnées en raison de leur fréquence de prescription et/ou de leur consommation ainsi qu’en raison de leur présence dans les effluents de STEP et les rivières françaises.

 

La toxicité de ces médicaments a été évaluée sur des embryons de R. balthica en évaluant le nombre d’embryons parvenant à éclore et le pourcentage d’embryons présentant un retard d’éclosion. Les concentrations testées s’étendent de la concentration environnementale à 100 µg/L. La plupart des médicaments provoquent un effet sur le développement embryonnaire du R. balthica.

 

Un séquençage du transcriptome en conditions différentielles et une validation en RT-qPCR ont été réalisés sur les embryons de R. balthica exposés à 0,815 µg/L, 10 µg/L d’oxazepam ou à de l’eau reconstituée pour les témoins. Les analyses statistiques montrent 144 contigs différentiellement exprimés pour les embryons exposés à 10 µg/L. Un travail d’annotation et de prédiction de ces différents contigs a permis de révéler plusieurs voies de signalisation impactées.

 

Les impacts des quatre médicaments sur la mobilité, la capacité de reproduction et de régénération de S. polychroa ont aussi été évalués en présence de solutions médicamenteuses à une concentration environnementale ainsi qu’à 10 et 100 µg/L. L’analyse statistique des résultats a permis de montrer que la reproduction et la mobilité des planaires étaient impactées par l’exposition aux différents psychotropes. Une analyse en RT-qPCR a été menée sur des groupes de gènes représentant les grandes fonctions testées à l’échelle macroscopique (mobilité, reproduction, etc.) mais également ceux impliqués dans la fonction de détoxification. Ces résultats sont en cours d’analyse afin d’établir une éventuelle corrélation entre la réponse transcriptomique et la réponse phénotypique de ces organismes.

Variabilité saisonnière des biomarqueurs chez les bivalves du genre Dreissena et implications pour le biomonitoring,

Marine POTET

Laboratoire interdisciplinaire des environnements continentaux (LIEC UMR 7360 CNRS - Université de Lorraine), Metz

 

La moule zébrée (Dreissena polymorpha) est un bivalve dulçaquicole, considéré comme invasif dans l’hémisphère Nord. Elle présente une sensibilité modérée aux toxines naturelles ou aux polluants anthropogéniques, et est utilisée depuis plusieurs années pour évaluer la qualité des milieux aquatiques via des mesures de biomarqueurs. Malgré son intérêt, la moule zébrée est en déclin depuis quelques années au profit d’une autre dreissène, la moule quagga (Dreissena rostriformis bugensis). Cette espèce présente des caractéristiques différentes en termes de croissance, de reproduction et de tolérance aux paramètres environnementaux, mais à ce jour les réponses des biomarqueurs entre les deux espèces n’ont été que peu comparées.

 

L’objectif de cette étude est de mesurer les différences inter-populations et inter-espèces en termes de réponse des biomarqueurs à l’échelle de la France, mais également d’évaluer les rôles de la physico-chimie des milieux et de la pollution sur ces réponses. Treize sites ont été échantillonnés, au printemps et à l’automne, sur tout le quart nord-est de la France. Sur chaque site, des prélèvements d’eau et de sédiments ont été réalisés, et les glandes digestives de 12 individus ont été prélevées. Sur chaque glande, une batterie de 13 biomarqueurs, représentatifs à la fois de fonctions physiologiques et antitoxiques, a été mesurée.

 

Les résultats montrent que les différentes populations, quelle que soit l’espèce, présentent des patrons de réponses biologiques très variables d’un site à l’autre. Cette diversité de réponse n’est cependant pas expliquée par les paramètres physico-chimiques ni par la contamination sédimentaire. Des analyses supplémentaires seront nécessaires, notamment pour prendre en compte les caractéristiques génétiques des différentes populations, pouvant aboutir à des phénomènes d’acclimatation et/ou d’adaptation. A long terme, ce type d’étude permettra de comprendre quelle part de la réponse des biomarqueurs est attribuable aux variations saisonnières des paramètres environnementaux, au cycle de vie des organismes, à la pollution ou encore aux caractéristiques génétiques des différentes populations. L’objectif final est de développer de nouveaux outils de biomonitoring, et notamment de fournir des grilles de lecture universelles pour les biomarqueurs.

 

Utilisation de Macrobrachium spp. comme organisme sentinelle de la qualité des eaux de surface en Martinique

Fanny CAUPOS1,3, E. LEFRANÇOIS1, J.P. THOME 2, D. VASSAUX 3, D. AZAM 3, L. LAGADIC 3

 

   1: Asconit Consultants, Lyon

   2: Laboratoire d’écologie animale et d’écotoxicologie CART Liège, Belgique

   3: UMR ESE INRA Rennes

 

L’adoption par la Communauté Européenne de la Directive Cadre sur l’Eau (DCE 2013/39/UE), oblige les états-membres à établir un diagnostic de la qualité des eaux douces par l’évaluation de l’état écologique et chimique des cours d’eau. Le but de cette Directive est d’une part d’atteindre le « bon état écologique des eaux douces » et d’autre part de mettre en œuvre une surveillance dans l’eau et le biote pour certaines substances prioritaires et substances dangereuses prioritaires.

 

Aux Antilles, les conditions climatiques et les cultures principales (banane et canne) ont conduit par le passé à l’utilisation massive de composés organochlorés et nécessitent encore aujourd’hui l’emploi de nombreux traitements phytosanitaires. Ces xénobiotiques peuvent alors se retrouver dans les rivières via les eaux de ruissellement en cas de fortes intempéries, ou par transferts directs vers les nappes phréatiques (percolation et lixiviation des molécules). Face à ce constat et en application de la DCE, les autorités locales (Offices de l’eau) réalisent un suivi régulier de la qualité chimique des eaux de surface. Cependant, le suivi actuel consistant en des prélèvements d’eau mensuels se voit confronté à certaines limites notamment analytiques (limite des seuils de détection et de quantifications des laboratoires pour certains micropolluants). De plus, les outils « DCE-compatibles » actuels pour l’évaluation de l’état biologique (fondés sur l’analyse des peuplements de diatomées et de macroinvertébrés benthiques) ne conduisent qu’à un constat de la dégradation (ou non) du milieu, mais ne permettent pas d’identifier la ou les origine(s) de cette altération. De fait, les gestionnaires sont en recherche d’outils fiables et adaptés au contexte local, pour améliorer l’évaluation de la qualité des eaux de surface. L’utilisation d’espèces sentinelles comme outil de bioindication peut alors pallier à ces limites de par l’exposition des organismes dans le milieu naturel. Cette présentation reprendra les résultats des approches écotoxicologiques mises en œuvre en Martinique au cours du programme MACROSENS proposant l’utilisation de Macrobrachium spp (crustacé décapode) comme organisme sentinelle pour l’évaluation de la qualité des eaux de surfaces aux Antilles.

 

Évaluation de la sensibilité des organismes et de la toxicité de polluants émergents seuls ou en mélange lors d’expositions aiguës.

Katherine COSTIL1, C. DI POI1, A. SERPENTINI1, C. DUBREULE2, C. TANGUY2, J.M. LEBEL1, V. KIENTZ-BOUCHART2 & M.P. HALM-LEMEILLE3

 

   1: UMR BOREA Biologie des Organismes et Ecosystèmes Aquatiques, Université de Caen Normandie, Esplanade de la Paix, 14032, Caen

   2: Laboratoire LABEO Frank Duncombe, 1 route de Rosel, Saint-Contest, 14053, Caen

   3: Laboratoire Environnement Ressources, IFREMER, Av. du général de Gaulle, 14520 Port en Bessin

 

La qualité de l'eau et des milieux aquatiques est au cœur des enjeux sanitaires et environnementaux actuels, notamment dans les zones côtières où s’exercent des activités conchylicoles. Dans le contexte de la région normande qui pourvoit à hauteur d’environ 18% à la production française de coquillages, notre étude visait principalement à:

 

1) évaluer le degré de contamination environnementale par divers polluants émergents en zone de production conchylicole (eau et biote) et

2) étudier l’impact de cette contamination sur différentes espèces aquatiques constituant des modèles en écotoxicologie (microalgues d’eau douce et daphnies) et sur des bivalves marins d’intérêt commercial (huîtres et coques).

 

Cinq types de polluants émergents ont été testés expérimentalement: l’AMPA (produit de dégradation du glyphosate), le méthylparabène (utilisé comme conservateur, notamment en industrie cosmétique) et trois résidus pharmaceutiques: la carbamazépine (antiépileptique), la venlafaxine (psychotrope) et le triclosan (antifongique et antibactérien).

 

Les analyses réalisées dans l’eau de deux communes du littoral calvadosien ont montré, par exemple, des pics de contamination de 0,96 ng L-1 pour la carbamazépine et de 18,59 ng L-1 pour le méthylparabène. Sur les cinq molécules testées, seul le méthylparabène a été pu être quantifié in situ dans la chair des coques et des huîtres (avec des concentrations allant de 3 à 9 ng g-1 de poids frais). En toxicité aiguë, le triclosan s’est avéré la molécule la plus toxique quel que soit l’organisme (EC50 compris entre 23 et 344 µg L-1). Les algues, Pseudokirchneriella subcapitata, (croissance) et les larves d’huîtres (développement et métamorphose) se sont révélées globalement plus sensibles que les daphnies (immobilisation).

Les organismes étant soumis dans la nature à des mélanges de contaminants, nous avons, en première approche, testé à des conditions environnementales les mélanges deux à deux des molécules précitées les moins toxiques pour les huîtres (EC50 > 17 mg L-1). Dans tous les cas, la plus forte toxicité a été enregistrée pour le mélange AMPA-méthylparabène et ces premiers résultats suggèrent une toxicité plus importante des mélanges en comparaison avec les molécules seules.

Détection de mortalités en nature: apports et difficultés pour la prise en compte par les évaluateurs du risque

F. MILLOT, Olivier CARDOSO, A. DECORS, O. MASTAIN, T. QUINTAINE, P. BERNY, D. VEY, R. LASSEUR, E. BRO

Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage, Paris

 

Des mortalités anormales d’oiseaux et de mammifères sauvages pouvant résulter de l’utilisation de produits phytopharmaceutiques en conditions opérationnelles sont mises en évidence dans le cadre du réseau d’épidemiosurveillance SAGIR. Ces informations présentent un grand intérêt pour les évaluateurs du risque. Cependant l’utilisation optimale par ces derniers de ces incidents nécessite à la fois d’évaluer le degré d’imputabilité de ces composés dans ces mortalités, d’identifier les facteurs de risque associés à la survenue de ces évènements (mésusages /usages conformes), et d’évaluer les conséquences de ces mortalités à l’échelle populationnelle. Apporter des conclusions définitives à ces trois points en conditions réelles reste difficile. Ici nous proposons d’illustrer cette difficulté en présentant la démarche mise en œuvre lors d’une analyse rétrospective des 103 foyers de mortalités détectés par le réseau SAGIR (de 1995 à 2014) pouvant résulter de l’ingestion de semences traitées à l’imidaclopride. L’usage de cette substance en traitement de semences présente un risque aigu important pour les oiseaux granivores puisque l’ingestion de seulement quelques graines traitées peut provoquer la mort de certaines espèces. Toutefois certains facteurs, comme l’enfouissement des graines lors des semis et le caractère répulsif des semences traitées avec cette substance vis-à-vis d’oiseaux, sont de nature à réduire ce risque. D’où l’importance de documenter les facteurs de risque associés à ces mortalités. Pour ce travail, nous avons développé un diagramme décisionnel afin d’évaluer la pertinence d’imputer ces mortalités à l’ingestion de semences traitées à l’imidaclopride. Par ailleurs l’analyse des commémoratifs de terrain, complétée par l’estimation de la densité de graines restantes en surface de parcelles fraichement semées, a permis d’apporter des éléments de discussion concernant les facteurs de risques associés. Le détail des résultats sera présenté et discuté lors de ce colloque.

 

Copyright Fondation Rovaltain 2017

Mentions légales